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COMMISSION COOPERATION DEVELOPPEMENT

barOsud
L'image du tiers-monde dans les médias


La DOCUMENTATION FRANCAISE, Collection FOCAL COOP 238 pages Novembre 1992, MINISTERE DE LA COOPERATION & DU DEVELOPPEMENT. ISBN : 2-11-087332-9


Résumé Préface du ministre Le BarOsud, pour quoi faire?

Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements relatifs aux choses. EPICTETE.

 

Résumé

Une analyse objective de l'image des pays du Sud donnée par les médias était souhaitée par la COMMISSION COOPERATION DEVELOPPEMENT, instance permanente de concertation entre les associations francaises de solidarité internationale et les pouvoirs publics, préoccupée des conditions dans lesquelles se fait l'information des Francais sur ces régions du monde.

Cette étude, appliquant une méthode éprouvée (Idoscope, développée par l'institut SYNTHESE), qui mêle étroitement l'analyse sémantique qualitative, à un traitement informatique, quantitatif, a mis en évidence la tendance des médias à "l'inclination apocalyptique" (Jean-Claude GUILLEBAUD, journaliste, Président de Reporters sans Frontières).

La comparaison des discours tenus par les chaînes de télévision à ceux de la presse écrite, ou de l'image de l'Amérique Latine à celle de l'Afrique, révèle les présupposés, les clichés que véhiculent les médias, créant ainsi "par l'utilisation abusive de la métaphore ou de l'effet littéraire" une image déformée ou caricaturale du Sud.

Cette étude a été financée par le ministère des Affaires Etrangères et le ministère de la Coopération et du Développement

 

Présentation générale de l'étude
  • 2437 documents, dont 2270 articles de presse écrite
  • 106 séquences d'actualités télévisées
  • 61 documentaires (télévision)
  • 10 titres de presse écrite: le Monde, Le Figaro, Libération, Les Echos, Ouest-France, Le Canard Enchaîné, l'Evénement du Jeudi, Géo, Paris-Match, Ça m'intéresse
  • 2 mois d'observation: 16 mars-15 mai 1992
  • 26 pays d'Afrique (subsaharienne), 4 pays de l'Océan Indien, 7 pays caraïbes, l'Amérique Latine, 5 pays d'Asie du Sud-Est.

En vente à
  • la Documentation Française, 29-31, quai Voltaire 75340 PARIS CEDEX 07. Tél.: 01 40 15 70 00. Telex: DOCFRAN 204826 PARIS
  • dans les centres d'information tiers-monde RITIMO (la liste de ces centres, répartis sur l'ensemble du territoire français, peut être obtenue en téléphonant au 01 42 82 07 51 ou 01 45 31 18 08
  • Au CEDIDELP,-14, rue Nanteuil 75015 PARIS


Préface de M. Marcel DEBARGE

  • Ministre délégué à la Coopération et au Développement,
  • Président de la Commission Coopération Développement.
  • Évoquant «les champs de réflexion et les voies d'action pour appuyer l'effort de la jeunesse africaine à se prendre en charge pour sauver le continent» et insistant sur l'impérieuse nécessité de vérité, le Président du Mali, M. Alpha OUMAR KONARE nous adressait récemment ce message:

    «...cela va être dur, mais nous n'avons pas le droit d'être pessimistes. Être pessimistes est un luxe».

    Un luxe qu'en effet nous ne pouvons nous permettre.

    C'est pourquoi, sans pour autant appliquer la méthode Coué, il est autrement plus utile de mettre en évidence ce qui est porteur d'avenir.

    Au petit jeu qui consiste à ne raconter que l'histoire des trains qui n'arrivent pas à l'heure, craignons que les mots et les images ne finisse nt par aggraver la réalité qu'ils sont censés dénoncer. C'est à cela que veut aider le BarOsud.

    Le rôle de la presse écrite ou audiovisuelle est fondamental. Aussi le dialogue est-il indispensable entre les journalistes et tous ceux qui agissent sur le terrain. Eux savent qu'en Afrique, en Amérique, en Asie, des hommes, des femmes travaillent, créent, inventent un développement que peut-être l'opinion publique ne sait pas percevoir.

    Donner sa chance au Tiers-Monde, c'est dépasser l'émotionnel facile et sans lendemain pour donner à l'information, par-delà la nécessaire couverture des situations de crise, toute la place qui lui revient dans le processus de développement durable.


    Le barOsud, pour quoi faire?

    Les militants des associations de solidarité internationale tout autant que les responsables de l'aide publique au développement s'efforcent, depuis des années, d'améliorer la connaissance qu'ont les Français des problèmes de développement des pays du Sud et, par là, de renforcer leur action en recherchant une meilleure prise de conscience par nos concitoyens de l'évidente interdépendance et de la nécessaire solidarité entre les peuples.

    Mais le danger s'affirme de voir se profiler, à travers «l'afro-pessimisme» par exemple, ce que Jean-Christophe RUFIN appelle «la fin de la mythologie du développement1».

    Au spectacle systématique, sur nos écrans de télévision ou dans nos journaux, des relations dramatiques qui globalisent «une futilité obscure2», le public, culpabilisé, se fatigue et, si l'on n'y prend garde, risque de se détourner de l'autre moitié du monde. A trop sangloter, l'homme blanc voit ses larmes se tarir.

    Une table ronde organisée par la COMMISSION COOPERATION DEVELOPPEMENT, en Octobre 19893, où se retrouvaient acteurs de l'aide et journalistes, avait posé le problème. L'absence d'un argumentaire rigoureux avait empêché le débat engagé de progresser. Il avait donc tourné court.

    C'est ainsi qu'est née l'idée du barOsud, baromètre de l'image du tiers-monde dans les médias, instrument de mesure capable de «quantifier le qualitatif» puisque, comme le disait Félix GUATTARI, «une information résulte d'abord de la sélection et de la délimitation de l'événement4».

    Cet instrument, nous l'avons trouvé avec l'Idoscope de l'Institut Synthèse.

    Comme tout baromètre, celui-ci doit avoir pour ambition, non seulement de prendre la mesure d'une situation à un moment donné, mais également de permettre des comparaisons dans le temps.

    Il devrait donc prendre toute sa valeur dès lors qu'il rendrait possible l'évaluation des changements d'une année sur l'autre en tenant compte, bien entendu, des indices de correction que l'actualité peut rendre nécessaires.

    Il ne s'agit pas, en créant cet instrument, d'opposer les «entrepreneurs de la communication» et les «utopistes de la solidarité».

    C'est au contraire à la recherche collective d'une conscience commune du souhaitable et du possible qu'il doit aider, pour le bénéfice évident du public-citoyen. En reprenant à notre compte les termes de Jean-Claude GUILLEBAUD: «nous n'avons, pour notre part, aucune leçon à donner, mais si nous parvenions à susciter, à favoriser, a promouvoir, à accélérer la réflexion des journalistes sur eux-mêmes, je crois que nous aurions gagné5».

    Celle des journalistes, mais aussi celle des acteurs de la solidarité, et notamment au sein des organismes chargés de l'aide internationale qui «doivent transmettre aux médias une information plus exacte qui ne doit pas prendre une tonalité accusatrice et culpabilisatrice», ce que signalait il y a peu Jean-Christophe RUFIN dans une chronique parue dans Le Quotidien6. Poursuivant sa réflexion, Jean-Christophe RUFIN, après avoir constaté que «le divorce s'aggrave entre l'opinion et ceux qui l'informent», dénonce «un cycle redoutable: l'indifférence incite à crier plus fort, pour rompre le mur du silence. Seule l'exagération paie. Une macabre inflation saisit les médias. Pour 10 000 morts, t'as plus rien...7» .

    C'est cette «inflation macabre» qui conduit à une «gestion haletante, émotive, de l'information. Sans mémoire, sans recul, dérapant volontiers vers le spectacle, et privilégiant, par une sorte de pente naturelle, l'émotion sur la réflexion et le factuel8».

    Un autre baromètre, celui de la solidarité, que publie le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement9, permet au commentateur de constater que les Français «branchés sur leur téléviseur» sont capables de coups de cÏur. «Mais sans vraiment réfléchir à l'utilisation de leurs dons et sans vraiment être informés des enjeux du sous-développement. C'est une mobilisation émotionnelle, épisodique, donnant lieu à une charité à géométrie variable10».

    Comment pourrait-il en être autrement puisqu'on ne raconte jamais l'histoire des trains qui arrivent à l'heure! Ce que confirme l'Institut Synthèse, qui a réalisé ce barOsud pour le compte de la COMMISSION COOPERATION DEVELOPPEMENT, en soulignant à partir de son analyse qu' «aucune action ou situation propre à donner à un pays, une ville ou une région, une image de compétence ou d 'intelligence n'est venue s'insérer dans un discours à tendance pessimiste... 11».

     

    S'agit-il donc seulement d'une affaire de séduction?

    Les médias victimes de leur public plus qu'un public mal informé par ses médias? Ce qui, entre parenthèses, infirmerait le «divorce» évoqué par Jean-Christophe RUFIN. A force de chercher à plaire, en devenant serviteurs dociles de l'audimat, les médias ne seraient-ils que le miroir de nos désirs, l'écho de nos fantasmes ou le reflet de nos peurs? Suffit-il «de montrer pour expliquer, de dramatiser pour intéresser, d'émouvoir pour éclairer» comme le dit Alain GRESH, en donnant du Sud l'image «d'un magma informe fait à la fois d'insensible misère, de catastrophes naturelles et de mystérieuses menaces12» parce que nous avons le besoin inconscient de «nouveaux barbares» aux frontières de l'empire du Nord? Perversion que dénonce Jean-Christophe RUFIN et qui voudrait faire du Sud un substitut, encore plus diabolisé, de l'Estl3.

    Aurions-nous vraiment besoin, pour mieux savourer notre bien-être, de contempler l'image de ceux qui, selon Annie SIMONl4, «couverts par le terme générique de victimes... n'ont plus d'histoire, plus d'identité. Ils sont la composante anonyme d'un nombre qui ne veut plus rien dire: 150 000 morts, c'est dramatiquement abstrait».

    Baromètre de l'image du Sud, le barOsud a donc pour vocation de mesurer et d'enregistrer les variations de ces mesures.

    Variations dans l'espace puisque tous s'accordent désormais à éviter les agrégats simplificateurs: l'Afrique n'est pas le même Sud que l'Amérique latine, l'Afrique noire n'est pas le Maghreb et les images que nous en construisons ne sauraient se confondre, se brouiller dans ce concept réducteur «le tiers-monde» qui a probablement trop servi.

    L'image d'une région ou d'un peuple est, ne peut être qu'une image relative qu'il convient d'apprécier en la comparant à celle d'autres régions, d'autres peuples. En conséquence, le barOsud ne pouvait ni se limiter à l'une ou l'autre des régions du monde dont la somme est encore nommée «tiers-monde», ni prendre cette addition comme sujet d'étude.

    Variations dans le temps car -et il faut s'en réjouir-le discours change avec l'Histoire. Le Sud n'est déjà plus le même et ce monde qu'on disait «tiers» l'est déjà beaucoup moins depuis les changements survenus à l'Est, qui ont modifié la géographie des enjeux; la célébration du cinquième centenaire du premier contact entre Européens et autochtones a probablement déjà redressé certaines perspectives abusivement européanocentrées; la guerre du Golfe -que quelques-uns ont qualifiée de première guerre Nord-Sud! -a permis une révision, très insuffisante bien sûr, de l'ajustage de nos instruments d'observation et du réglage de nos outils de réflexion.

    Variations au sein des médias eux-mêmes, bien entendu, les contraintes de la télévision n'étant pas celles de la presse écrite; celles des chaînes publiques pas celles des privées, ni celles d'un quotidien régional ou d'un hebdomadaire national.

    Même si, et il faut citer ici Ignacio RAMONET: «la télévision a pris le pouvoir. C'est elle désormais qui donne le ton, qui détermine l'importance des nouvelles, qui fixe les thèmes de l'actualité... C'est la télévision qui dicte la norme, c'est elle qui impose son ordre et contraint les autres médias, en particulier la presse écrite, à suivre15».

    Cette comptabilité scrupuleuse, qui se veut aussi objective qu'une balance d'inventaire, est-elle de nature à nous aider à rendre meilleurs, aussi bien les médias que leurs publics, leurs auditeurs, lecteurs, téléspectateurs que les journalistes et autres professionnels de la communication?

    Des journalistes, à travers nombre de manifestations ou de publications, nous ont eux-mêmes déjà répondu, comme Alain REMOND: «Votre défiance nous honore. Elle prouve que vous ne vous laissez pas faire - Que vous nous avez à l'Ïil - Que vous êtes des citoyens adultes. Bref: qu'il nous faut vous mériter16»

    Des journalistes, encore, s'interrogent, ceux d'I.P.H.17 par exemple, et surtout de REPORTERS SANS FRONTIÈRES dont les colloques posent avec courage les questions fondamentales propres à féconder une réflexion véritablement déontologique.

    Si «notre démocratie, théoriquement représentative, est décidément devenue, grâce à la télévision, une démocratie directe, une démocratie de l'émotion18», si «la citoyenneté cathodique vient parasiter la citoyenneté de proximitél9», c'est aux partenaires d'y porter remède: producteurs d'information et consommateurs de cette information, ensemble.

    Le barOsud se veut contribution positive à ce débat fondamental sur la responsabilité: responsabilité des médias face à la responsabilité des citoyens.

    Les militants des associations de solidarité internationale et les agents des pouvoirs publics qui, rassemblés, composent la COMMISSION COOPERATION DEVELOPPEMENT, en ont eu l'initiative, en ont assuré le pilotage permanent et la publication.

    Car, comme le soulignent Eric FOTTORINO, Christophe GUILLEMIN et Erik ORSENNA (on peut bien évidemment en dire autant de tout le Sud), «c'est un droit à l'image que revendique l'Afrique. Une autre image que celle des calamités en série, de la corruption, du népotisme, du déclin et de l'exclusion20»

     

    Paris, septembre l992

    COMMISSION COOPERATION DEVELOPPEMENT

     

    Notes

     

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