Accueil    Types d'études    Domaines   L'Idoscope®    Publications et travaux   Presse    Références

SOCIETE FRANÇAISE DE PSYCHOLOGIE

ACTES DU CONGRES ANNUEL DE LA SFP. POITIERS 13-15 mai 1993

Université de Poitiers

Communication orale de M. Jean-Claude Gomel

L'Institut SYNTHESE mène, depuis 1986, un travail d'identification des représentations mentales à partir des productions langagières. La méthode utilisée, l'Idoscope®, est un processus de traitement assisté par ordinateur, opérant sur un ensemble de textes en langage naturel, oral ou écrit.

Les corpus peuvent comprendre un grand nombre de textes : l'équipe de l'Institut, qui réunit une quinzaine de permanents appartenant à plusieurs disciplines (psychologues, linguistes, anthropologues, sociologues) a traité plusieurs dizaines de milliers de documents, ce qui constitue aujourd'hui une banque de données considérable.

L'Idoscope® relève de la psychologie cognitive, et plus spécialement du modèle propositionnel. Au travers du langage recueilli, le processus vise, par un jeu de transformation, à rendre compte des états mentaux des locuteurs sous les espèces d'un ensemble structuré et quantifié de formes propositionnelles, qui se veulent l'expression du langage interne ou "mentalais", selon le terme de Daniel Andler.

Dans ce processus de traitement, le discours est considéré comme une séquence d'unités sémantiques, dont chacune représente la molécule de base de l'analyse. La structure de l'unité sémantique est propositionnelle ; chaque unité fait l'objet d'une fiche informatique soumise au processus de traitement décrit ci-après.

L'analyste effectue le marquage, dans un métalangage proche du langage naturel, mais monosémique, du prédicat, appelé ici "attribut". Dans un but opératoire, le prédicat est éclaté en plusieurs sous variables : modes, temps, forme, localisation, etcÉ L'instanciation du prédicat est ensuite établie, dans ce même métalangage, par la désignation de l'entité (actant, thème) à laquelle se rapporte la qualité, l'état ou l'action prédiqués. A partir de ce noyau sémantique, on continue à saturer le sens, plus ou moins précisément selon l'objectif de l'étude, par l'identification d'autres variables particularisant le thème ou la proposition dans son ensemble. Un autre marquage identifie le locuteur, selon que c'est l'auteur qui énonce la proposition ou qu'il l'impute à quelqu'un d'autre (citation directe ou indirecte).

Le deuxième type de marquage, extrêmement important dans l'utilisation qui en est faite, consiste à indiquer l'attitude de l'énonciateur vis-à-vis de sa proposition. Les valeurs de variables sont discrètes, sur une échelle en 3 points : positive, négative ou neutre.

Les termes du métalangage, qui correspondent aux valeurs de variable prises par les éléments de la proposition, sont structurés hiérarchiquement par des opérations taxinomiques, emboîtant autant de niveaux d'hyponymes/hyperonymes que le demande la finesse de l'analyse (en général deux ou trois).

Le traitement statistique, effectué ensuite, porte sur l'ensemble des propositions ou sur des sous-ensembles (thématiques, locuteurs, prédicatifs, géographiques, temporels), selon les questions auxquelles l'étude veut répondre. Il décrit les contenus des représentations, dessine leur structure par l'expression quantifiée des gradients de typicalité, évalue la polarité des attitudes selon les énonciateurs et les objets qu'ils évoquent. Les représentations sont mesurées de façon synchronique ou diachronique.

Notre communication sera articulée sur une étude réelle : on montrera concrètement, par des illustrations sur rétroprojecteur, la procédure qui conduit des textes bruts à leur structuration quantifiée. La nature de la communication se prête bien à une présentation vivante : l'étude de cas induisant des demandes de formulation théorique, les participants seront sollicités pour émettre des interprétations sur les résultats, sur les hypothèses qu'ils permettent d'édifier, et sur la manière dont la méthode pourrait être utilisée dans leur problématique propre.